Raoul Ponchon


Saint Vincent - Poem by Raoul Ponchon

Ainsi, grand saint Vincent, c’est aujourd’hui ta fête.
Je l’eusse mieux aimée en un plus heureux mois.
Alors que nos coteaux défient toute épithète,
Plutôt qu’en ce mois de tempête.
Mais tu n’y peux rien, non plus moi.

Autre chose : d’après la « Légende Dorée »
Je sais bien que tu fus un martyr de la Foi,
Et que, de sa prison ton âme libérée,
Alla fleurir dans l’Empyrée,
À la droite du Roi des Rois ;

Mais, ô Vincent ! pardonne à ma sombre ignorance ;
Je me demande encore, à cette heure, pourquoi
Les braves vignerons du beau pays de France
T’ont voué cette révérence,
Et vont se réclamant de toi ?

Cultivas-tu la Vigne avant que d’être apôtre,
Et d’évangéliser, aux premiers temps chrétiens ?
Ou si tu cumulas ? L’un n’empêche pas l’autre.
Mais, vois quel dépit est le nôtre,
Que l’Histoire n’en dise rien !

Ou bien, si de ton nom la syllabe première
Les aurait à ce point frappés, qu’ils t’ont choisi
Pour patron, voyant là comme un trait de lumière ?
La foule est assez coutumière
De jouer sur les mots ainsi.

Quoi qu’il en soit, je crois à ton rôle, et t’honore,
Je te regarde comme un saint de tout repos.
Et te prie accepter, d’autant que j’en ignore,
À défaut d’un chant plus sonore,
L’humble fredon de mes pipeaux.

Gloire à toi sur les monts ! Gloire à toi sous les treilles !
Ô Vincent ! qui, là-haut, as, sans doute, l’honneur
De vendanger pour les élus à pleines seilles,
Ainsi que de mettre en bouteilles
Le vin des Vignes du Seigneur !

Sois favorable au bon vigneron qui t’implore.
Avec l’aide de Dieu, réserve à ses pressoirs
Un vin prestigieux, rose comme l’aurore,
Un vin en or, ou bien encore
Couleur de la pourpre des soirs !

Ne le destine pas aux seuls bourgeois notables,
Surtout, grand saint Vincent ! prince des sommeliers !
Ils vont le mélangeant à des eaux impotables.
C’est plutôt sur les gueuses tables
Que sont tes autels familiers !

Ici, s’arrêtera, si tu veux, mon ramage.
Les mots dont je me sers n’ont pas assez d’accent.
Je crois que prosterné devant ta sainte image,
Je te rendrai plus bel hommage.
En buvant du vin, ô Vincent !

Il fait luire parfois, en l’obscure matière,
Qui me sert de cerveau, quelques joyeux couplets.
Ainsi l’on voit — dit-on — dans un vieux cimetière,
Ou sur une sombre tourbière,
Danser de légers feux-follets.

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Poem Submitted: Thursday, November 22, 2012



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