Saint-Pol-Roux


Garçon d’honneur - Poem by Saint-Pol-Roux

L’unique fils des Pichenet,
Gascon depuis peu dans Lutèce,
Vous savez bien, ce gringalet,
Pour mettre un comble à son ivresse,
A l’autre jour pris femme.
Et oui !
Le grand-matin de l’hyménée,
Chez moi je volais réjoui,
— Absent, ma foi ! tout une année —
Quand un pas allègre et sonnant
Du plus loin emboîte mes trousses.
J’allais connaître en me tournant…
Mais soudain deux franches secousses
M’arrachent un « Tiens ! » fraternel.
C’était l’ex-ami de collège,
Pichenet.
— « Ô mon cher Raphaël !
Dit-il, écorchant un arpége,
Le jour qui luit doit consacrer
Mes éternelles accordailles. »
— « Enchanté ! »
— « Je t’ai rencontré,
Je t’invite à mes épousailles… »
— « Pardon !… »
— « Quel chic ! Une candeur !
Vite ! prœsto ! Suis-moi de suite,
Tu seras mon…. garçon d’honneur. »
— « Mais… »
M’entraînant il prend la fuite
— « C’est pour ce matin. Hâtons-nous. »
— « J’arrive d’Alger… Impossible !…
Mes devoirs de père et d’époux.... »
— « Ceux d’ami d’abord, insensible ! »
— « Douze grands mois loin du foyer....
Jamais ! D’ailleurs… dans ce costume… »
— « Parfait. Trêve de plaidoyer !
Puis, entre amis, c’est la coutume !....
C’est dit ! »
Diable soit du gêneur !
Ma réponse plus qu’évasive
Lui suffit. En définitive,
Je fus soufflé, — garçon d’honneur.



Pichenet jouer de la sorte !
L’ingrat me bombarder ainsi !
Je crois l’ouir encor d’ici :
Clergeon ! laquais ! chef de l’escorte !
Quel jour ! Quel pitoyable jour !
Et quelles heures assassines !
Dieux bons ! Le matin d’un retour
Me projeter sous les Caudines !

Au fait, je vais vous raconter
Les trois actes de mon drame :
Désirant — quoique au débotter —
Me défrayer en fine lame,
Je cours, armé du bouquet blanc,
Comptant la trouver jeune et belle,
Je cours, dis-je, en homme galant,
Clocheter chez ma Damoiselle,
Hélas !.... Horresco referrens....
Messieurs, quelle déconfiture !
Le plus hideux des spécimens
De maîtresse Caricature !
Or ça ! Pichenet se moquait.
Moi, lui servir de cicerone
À ce simiesque portrait !
Elle eût été ma chaperonne.


Enfin, nous montons en sapin.
La mégère fut érotique
Et finement clopant-clopin,
Glissa pieds-joints sur l’Esthétique,
Eut des oh ! pour mon nez bourbon,
Me baptisa son p’tit Pancrace.
Je dus subir cette barbon
Et lui céder de guerre lasse.
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Ma résistance et… les senteurs
D’ylang surrexcitaient sa mousse....
Son carlin — dieu ! quelles faveurs ! —
Hardi me léchait la frimousse…
La mijaurée enflait son cœur
En se soldant les arrérages....
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Enfin noyé dans.... ses ambages
Je vins sur l’eau garçon.... d’honneur !



Mais ce n’était que le Prologue.
À l’Hôtel-de-Ville on descend.
Je monte — en foi de catalogue —
Quérir l’Homme-à-l’Écharpe.
Absent !
Le maire était absent ! Par ordre,
L’Adjoint devait le remplacer.
Bon ! Casant ma noce en désordre,
Je vais chez l’adjoint l’annoncer.
On m’introduit.
(Exclamation d’étonnement) Double surprise !
Lui !… Girodot !!… C’était l’Adjoint !!!
Ma présence fit une crise.
Je lui devais… mais de si loin !…
Vingt francs à ce ladre bonhomme.

« Vous voilà ! prudent voyageur ! »

S’écrie-t-il de sa voix rogomme,

« Mes compliments ! cher débiteur. »

De mon absence il fait un crime,
De ma dette un détournement…
J’avais pris la fuite à Solyme…
Allait fondre le châtiment…
Pour résumer son olynthienne,
Faudrait une main de papier.

Je rôtissais dans ma géhenne.

Il cria de congédier
Si je ne « casquais ». Sur ma joue
Vous devez penser quel Phébus.
Par les huis arrivait la moue
Des vingt convives détenus.
Et comment leur donner le change ?
Le Girodot hurlait toujours.
Des huissiers la grasse phalange
Se tordait comme cent-six fours.
C’est qu’à la suite du vacarme,
— Voilà le hic du racontar —
Je vis d’un soupçon de gendarme
Sur moi chevaucher l’épinard.
Brrr....

Pour clore les diatribes,
Je rends son louis au créditeur
Et prends mon vol au nez des scribes
Navrés d’un tel… garçon d’honneur.
C’est chez Duval qu’on fit escale
Après les oui sacramentels.
On avait tous une fringale,
Une… à se rendre criminels.
Or, sachez que vu les méandres
De mon trajet pyramidal,
À l’héroïne aux contours tendres
Je n’avais pu d’un madrigal
Décocher les stances d’usage.
Bien vrai, ni même pu la voir.
Le voile et… le peu de courage…
Bref, donc, jusqu’ici, l’entrevoir,
Impossible. Mais bast ! Qu’importe !
On s’assied.

Je songeais au cri
De ma femme m’ouvrant la porte…
Tandis que ma vieille houri,
En rupture de ban....delettes,
Pardon ! ma momie, en un mot,
D’un trait m’accablait de crevettes,
De quenelles et de turbot.

Pssst ! Paf ! Rôtis, place au Champagne !
Chut pour les toasts ! Feu de souhaits !
On prédit un mignon Ascagne,
Une lune aux immortels rais…
On se lève. On choque le verre.
Simple potin de noce, quoi !

Les Unis m’abouchent. Pépère
En Condé tenait son Rocroi.
C’était au moins une duchesse
Qu’il se pavanait si marquis,
Si Collatin pour sa Lucrèce.

« Cher, me dit-il d’un ton exquis,
Que je te présente ma femme. »

Ce disant, le vainqueur en feu
Délivre les traits de sa dame
Du voile discret.

(Grand cri de surprise) Jarnibleu !
Ma femme ! Elle ! la fiancée !..
La mariée à Pichenet !!!
(Il se pâme de rire)
Laissez-moi rire une pincée…
Pouf !… Non !… J’en perdrai le coffret…
Convoler avec ma Claudine !
(Pouffant de plus belle)
Pr… Prrr… Candeur : quarante-huit ans !
Innocente, ma Proserpine,
Moins le maquil et neuf enfants !
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Qu’advient-il ? Crises sur la ligne,
Vapeurs. Des sels sous tous les nez,
Tableau !
Ô coq-à-l’âne insigne !
Chez les Fellahs, vous devinez,
J’avais fort négligé d’écrire.
Et.... (Constance n’est qu’idéal)
On me fit mort.... Mon hétaïre
Se rabattit sur.... l’animal.
(Il s’esclaffe de plein cœur)
Pas Othello pour Desdemone,
Je rends grâces au successeur.
Libre !!.. À ce prix, je lui pardonne
De m’avoir fait garçon d’honneur.

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Poem Submitted: Monday, December 10, 2012

Poem Edited: Monday, December 10, 2012


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