Emile Verhaeren (21 May 1855 – 27 November 1916 / St Amands / Belgium)
Au passant d'un soir
Dites, quel est le pas
Des mille pas qui vont et passent
Sur les grand'routes de l'espace,
Dites, quel est le pas
Qui doucement, un soir, devant ma porte basse
S'arrêtera ?
Elle est humble, ma porte,
Et pauvre, ma maison.
Mais ces choses n'importent.
Je regarde rentrer chez moi tout l'horizon
A chaque heure du jour, en ouvrant ma fenêtre ;
Et la lumière et l'ombre et le vent des saisons
Sont la joie et la force et l'élan de mon être.
Si je n'ai plus en moi cette angoisse de Dieu
Qui fit mourir les saints et les martyrs dans Rome,
Mon coeur, qui n'a changé que de liens et de voeux,
Eprouve en lui l'amour et l'angoisse de l'homme.
Dites, quel est le pas
Des mille pas qui vont et passent
Sur les grand'routes de l'espace,
Dites, quel est le pas
Qui doucement, un soir, devant ma porte basse
S'arrêtera ?
Je saisirai les mains, dans mes deux mains tendues,
A cet homme qui s'en viendra
Du bout du monde, avec son pas ;
Et devant 1'ombre et ses cent flammes suspendues
Là-haut, au firmament,
Nous nous tairons longtemps
Laissant agir le bienveillant silence
Pour apaiser l'émoi et la double cadence
De nos deux coeurs battants.
Il n'importe d'où qu'il me vienne
S'il est quelqu'un qui aime et croit
Et qu'il élève et qu'il soutienne
La même ardeur qui monte en moi.
Alors combien tous deux nous serons émus d'être
Ardents et fraternels, l'un pour l'autre, soudain,
Et combien nos deux coeurs seront fiers d'être humains
Et clairs et confiants sans encor se connaître !
On se dira sa vie avec le désir fou
D'être sincère et d'être vrai jusqu'au fond de son âme,
De confondre en un flux : erreurs, pardons et blâmes,
Et de pleurer ensemble en ployant les genoux.
Oh ! belle et brusque joie ! Oh ! rare et âpre ivresse !
Oh ! partage de force et d'audace et d'émoi,
Oh ! regards descendus jusques au fond de soi
Qui remontez chargés d'une immense tendresse,
Vous unirez si bien notre double ferveur
D'hommes qui, tout à coup, sont exaltés d'eux-mêmes
Que vous soulèverez jusques au plan suprême
Leur amour pathétique et leur total bonheur !
Et maintenant
Que nous voici à la fenêtre
Devant le firmament,
Ayant appris à nous connaître
Et nous aimant,
Nous regardons, dites, avec quelle attirance,
L'univers qui nous parle à travers son silence.
Nous l'entendons aussi se confesser à nous
Avec ses astres et ses forêts et ses montagnes
Et sa brise qui va et vient par les campagnes
Frôler en même temps et la rose et le houx.
Nous écoutons jaser la source à travers l'herbe
Et les souples rameaux chanter autour des fleurs ;
Nous comprenons leur hymne et surprenons leur verbe
Et notre amour s'emplit de nouvelles ardeurs.
Nous nous changeons l'un l'autre, à nous sentir ensemble
Vivre et brûler d'un feu intensément humain,
Et dans notre être où l'avenir espère et tremble,
Nous ébauchons le coeur de l'homme de demain.
Dites, quel est le pas
Des mille pas qui vont et passent
Sur les grand'routes de l'espace,
Dites, quel est le pas
Qui doucement, un soir, devant ma porte
S'arrêtera ?
PoemHunter.com Updates
-
World Day for Cultural Diversity for Dialogue and Development
celebrated on May 21st every year
-
Your Favorite Poets’ Favorite Books of Poetry
-
Daily Rituals of Famous Authors
Writers seem to be the most prone to unshakeable routines and elaborate superstitions.
-
Incredible Reading Rooms Around the World
Cozy, beautiful places to curl up with a good book...
Top 500 Poems
-
Phenomenal Woman
Maya Angelou
-
The Road Not Taken
Robert Frost
-
Still I Rise
Maya Angelou
-
If You Forget Me
Pablo Neruda
-
Dreams
Langston Hughes
-
Annabel Lee
Edgar Allan Poe
-
If
Rudyard Kipling
-
A Dream Within A Dream
Edgar Allan Poe
-
Stopping by Woods on a Snowy Evening
Robert Frost
-
I Know Why The Caged Bird Sings
Maya Angelou

Comments about this poem (Au passant d'un soir by Emile Verhaeren )