Treasure Island

Andre Breton

(19 February 1896 – 28 September 1966 / Normandy)

Le Verbe Être


Je connais le désespoir dans ses grandes lignes. Le désespoir n'a pas d'ailes, il ne se tient pas nécessairement à une table desservie sur une terrasse, le soir, au bord de la mer. C'est le désespoir et ce n'est pas le retour d'une quantité de petits faits comme des graines qui quittent à la nuit tombante un sillon pour un autre. Ce n'est pas la mousse sur une pierre ou le verre à boire. C'est un bateau criblé de neige, si vous voulez, comme les oiseaux qui tombent et leur sang n'a pas la moindre épaisseur. Je connais le désespoir dans ses grandes lignes. Une forme très petite, délimitée par un bijou de cheveux. C'est le désespoir. Un collier de perles pour lequel on ne saurait trouver de fermoir et dont l'existence ne tient pas même à un fil, voilà le désespoir. Le reste, nous n'en parlons pas. Nous n'avons pas fini de deséspérer, si nous commençons. Moi je désespère de l'abat-jour vers quatre heures, je désespère de l'éventail vers minuit, je désespère de la cigarette des condamnés. Je connais le désespoir dans ses grandes lignes. Le désespoir n'a pas de coeur, la main reste toujours au désespoir hors d'haleine, au désespoir dont les glaces ne nous disent jamais s'il est mort. Je vis de ce désespoir qui m'enchante. J'aime cette mouche bleue qui vole dans le ciel à l'heure où les étoiles chantonnent. Je connais dans ses grandes lignes le désespoir aux longs étonnements grêles, le désespoir de la fierté, le désespoir de la colère. Je me lève chaque jour comme tout le monde et je détends les bras sur un papier à fleurs, je ne me souviens de rien, et c'est toujours avec désespoir que je découvre les beaux arbres déracinés de la nuit. L'air de la chambre est beau comme des baguettes de tambour. Il fait un temps de temps. Je connais le désespoir dans ses grandes lignes. C'est comme le vent du rideau qui me tend la perche. A-t-on idée d'un désespoir pareil! Au feu! Ah! ils vont encore venir... Et les annonces de journal, et les réclames lumineuses le long du canal. Tas de sable, espèce de tas de sable! Dans ses grandes lignes le désespoir n'a pas d'importance. C'est une corvée d'arbres qui va encore faire une forêt, c'est une corvée d'étoiles qui va encore faire un jour de moins, c'est une corvée de jours de moins qui va encore faire ma vie.

Submitted: Thursday, January 01, 2004

Do you like this poem?
0 person liked.
0 person did not like.

What do you think this poem is about?



Read this poem in other languages

This poem has not been translated into any other language yet.

I would like to translate this poem »

word flags

What do you think this poem is about?

Comments about this poem (Le Verbe Être by Andre Breton )

Enter the verification code :

Read all 1 comments »

New Poems

  1. World Of Our Own, Adewale Ajakanri
  2. Metaphor of life, SALINI NAIR
  3. The flouted wealth, Alem Hailu Gabre Kristos
  4. Another Day Ends, Damian Murphy
  5. Energetic Nature, Aftab Alam
  6. مختارات, سي محند
  7. Sun and Distance, Beyza Dut
  8. يا ساكن القبر, سي محند
  9. في الزمان القديم, سي محند
  10. الدنيا في حرج قلق, سي محند

Poem of the Day

poet Paul Laurence Dunbar

The mist has left the greening plain,
The dew-drops shine like fairy rain,
The coquette rose awakes again
Her lovely self adorning.

The Wind is hiding in the trees,
...... Read complete »

   

Trending Poems

  1. Still I Rise, Maya Angelou
  2. A Case Of Murder, Vernon Scannell
  3. All the World's a Stage, William Shakespeare
  4. Phenomenal Woman, Maya Angelou
  5. Daffodils, William Wordsworth
  6. When Spring Goes By, Duncan Campbell Scott
  7. (955) Poverty (Acros.., Melvina Germain
  8. Morning, Paul Laurence Dunbar
  9. Television, Roald Dahl
  10. Invictus, William Ernest Henley

Trending Poets

[Hata Bildir]