L'eau est transparente,
transparent est l'air.
Dans l'eau se reflète l'air
et dans l'air se reflète l'eau.
Dans les profondeurs, le reflet devient vert.
Là-bas, tout est vert, sombre et brillant :
plantes, poissons et regard.
Dans le lointain, le reflet se transforme en lueur.
Là-bas naissent des îles,
surgissent leurs images ; des archipels émergent
du halo de la mer.
Notre bateau a mis les voiles au petit matin,
à l'heure trouble d'avant l'aurore, il y a longtemps
que nous sommes en route, déjà longtemps
que nous ne savons plus
distinguer le reflet
du reflet du reflet
dans l'air.
Nos yeux ont la couleur claire de la mer
et les vagues glissent sans trêve
à travers eux.
Nos bouches sont muettes. Les uns après les autres
nos mots sont tombés dans l'eau verte,
s'y sont changés en étranges êtres aquatiques
et remuent à présent dans la pénombre.
Nos oreilles sont semblables à des conques
pleines d'une rumeur continuelle.
Lorsqu'un bruit s'y faufile,
grain de sable dans l'eau du silence,
il devient une perle. Peu à peu
il amasse autour de lui une rumeur d'opale,
oui, peu à peu il devient une perle.
Nos narines savourent les pluies,
et pressentent les orages qui naissent derrière la courbe de l'horizon
avant même que le tonnerre
n'annonce leur venue.
Nos corps sentent le vent.
Lisses, humides,
étincelants de sel,
ils sentent
chacun de ses attouchements.
Nos corps
appartiennent au vent.
Il les aime,
joue avec eux.
Et le voyage se poursuit,
les voiles se gonflent toujours,
les jours se lèvent encore de la mer derrière nous,
nous changeant en silhouettes bordées d'argent,
les jours se couchent encore dans la mer devant nous,
colorant nos regards.
Non, il n'est pas trop tard,
notre bateau glisse à belle allure
sur l'eau
vers de nouveaux mirages, de nouveaux mondes aériens,
vers de nouvelles îles, de nouveaux reflets verts
glisse notre bateau.
Toutes ces îles sont encore
devant nous,
et toutes surgiront un jour de la mer
pour venir se noyer dans nos yeux.
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