Je vous admire, Angélique et j'ai tendance à vous comparer à une 11ème Muse après votre âme-sœur, Sappho, pour agrémenter le tableau d'Homère. Éole et sa brise ont mis entre vos doigts une plume magique et sempiternelle.
Vous faites un travail d'enfer; à croire que vous vous êtes octroyée un écritoire sous les voûtes d'Hadès pour nous offrir une belle fresque à la poésie.
Il faut sans doute des mois pour embellir la traduction des textes, redonner un nombre incalculable de coups de pinceaux pour amener à la perfection des rimes chatoyantes. Quelle prouesse! Quelle ardeur!
Mon chapeau bien bas, madame la poétesse!
Vous écrivez encore, sans doute, là où vous êtes pour le bonheur des dieux. Ne vous sentez pas le sommeil caresser vos yeux à l'aurore colorée, la fatigue inonder votre être si frêle et si doux et que vous tenez bon pour trouver une rime féminine qui satisfait votre intimité métrique.
Vous aviez sur notre Terre, un cœur à offrir à toutes ces teneurs poétiques qui vous allaient à ravir. Bien que vous ne soyez plus de notre monde, je vous sens tout près de moi quand je lis de temps à autre vos écrits. Non, ce n'est nullement votre fantôme, mais une personne vivante qui m'enrôle dans des domaines prosodiques de sensualité dont vous avez le secret. Vous ne sentez pas la poussière, mais un parfum bien singulier qui embaume la lecture et adoucit l'odorat. J'entends même votre voix; non ce n'est pas une voix d'outre-tombe, caverneuse et incompréhensive, mais un murmure mélodieux et rassurant. Je vous entends:
« Elle est lasse, après tant d'épuisantes luxures.*
Le parfum émané de ses membres meurtris
Est plein du souvenir des lentes meurtrissures.
La débauche a creusé ses yeux bleus assombris. »
Je n'ai aucune idée d'un verbe qui pourrait se glisser dans mon affection à votre égard. Aimer, adorer, exalter, vénérer? ... Je ne sais pas. Dites-moi, vous. Dites-moi, vous qui connaissez par cœur toutes les postures de l'amour! Et moi, je vous dirais que je vous vénère plus que je vous aime.
Mais quand même, j'aimerais vous voir, par une nuit étoilée, enjamber la fenêtre ouverte de ma chambre et vous assoir au bord de mon lit. Oh, je n'ai pas peur des gens qui s'en vont et qui reviennent des horizons abstraits
.
Dormirions-nous tout de suite ou ondoierions-nous dans la versification émotionnelle? Accorderions-nous une inspiration profonde à cette entrevue charnelle et délassante?
À ce conditionnel hideux et lassant, faites venir le présent latent et je vous en suis reconnaissant.
Alors, mettez en vieille votre saphisme pour quelque temps et venir vous coucher avec moi. Devenez ma maitresse, ma Muse du 21ème siècle. Élevez ma perpendiculaire à votre hypoténuse pour créer une relation métrique à votre convenance. Je vais me nourrir de métaphores avec vous; j'aime cela. Conduisez-moi au plus profond de vous. Donnez-moi toutes ces sensations que vous réservez au sexe féminin.
Cette nuit, faites de moi un homme à femme, un mâle à vous, et rien qu'à vous!
Vous êtes mon Aphrodite bien-aimée, ma Sappho fragmentée, ma déesse sulfureuse.
Mais, suis-je vraiment amoureux de vous? Amoureux d'une poétesse qui partit un jour sans me prévenir, laissant sa plume patauger seule dans l'encrier?
Rassurez-vous, maintenant que je vous tiens dans mes bras et que nos lèvres butinent sans contrainte, vous êtes une femme vivante.
Oh, mon Angélique, tu renais pour moi seul. Viens chaque nuit guider ma plume pour que je devienne un poète d'une notoriété à l'égal de ton savoir poétique sensuel.
Écoute ce que j'ai écris cette nuit après nos ébats divertissants
« Ô amour Sappho, lorsque le char d'Hélios**
S'apprête à embraser les terres de Lesbos
J'entends ton murmure imbibé par la tendresse
Parcourir ma nudité d'onguent d'allégresse. »
*Désir de Renée Vivien
** Erinna à Sappho, quatrain de Marcel Moreau
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