Je sais qu'avec d'injustes sentences,
Qui t'accusaient d'usurpateur
De mes contrées et mes pitances,
Je t'ai blessé au fond du coeur.
C'était l'époque pourrie et creuse,
Quand à l'école on m'a menti
Que tu étais - mensonge affreuse!
Non pas mon frère, mon ennemi.
Je vous écris, mes très chers frères,
Depuis cette triste Bassarabie
Au bord du Proute, la rivière
Qui nous sépare aujourd'hui.
Je vous partage mon entière
Et très profonde nostalgie.
J'appelais le russe ma grande fortune,
Et un patois déchu mon bien.
Culture, on n'en avait aucune,
On n'avait rien de vrai, mais rien!
Je prie Jésu qu'il me soulage
Du lourd fardeau de mon péché,
Et qu'il m'absolve les bavardages
Avec lesquels je t'ai blessé.
Je vous écris, mes très chers frères,
Depuis cette triste Bassarabie
Au bord du Proute, la rivière
Qui nous sépare aujourd'hui.
Je vous partage mon entière
Et très profonde nostalgie.
Lorsque j'appris qu'on étaient frères,
La larme de mon oeil surgie
Les Russes saisirent et deportèrent
Tout de suite en Sibérie.
Là bas, au fond des froides mines,
On voit encore des condamnés
Sortir le sel des larmes fines,
Le sel qui ne finit jamais.
Je vous écris, mes très chers frères,
Depuis cette triste Bassarabie
Au bord du Proute, la rivière
Qui nous sépare aujourd'hui.
Je vous partage mon entière
Et très profonde nostalgie.
(Traduit par Paul Abucean)
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