Andre Marie de Chenier

(30 October 1762 – 25 July 1794 / Istanbul)

Non, Je Ne L’amime Plus - Poem by Andre Marie de Chenier

Non, je ne l'aime plus; un autre la possède.
On s'accoutume au mal que l'on voit sans remède.
De ses caprices vains je ne veux plus souffrir:
Mon élégie en pleurs ne sait plus l'attendrir.
Allez, Muses, partez. Votre art m'est inutile;
Que me font vos lauriers? vous laissez fuir Camille.
Près d'elle je voulais vous avoir pour soutien.
Allez, Muses, partez, si vous n'y pouvez rien.

Voilà donc comme on aime! On vous tient, vous caresse,
Sur les lèvres toujours on a quelque promesse!
Et puis... Ah! laissez-moi, souvenirs ennemis,
Projets, attente, espoir, qu'elle m'avait permis.
'Nous irons au hameau. Loin, bien loin de la ville,
Ignorés et contents, un silence tranquille
Ne montrera qu'au ciel notre asile écarté.
Là son âme viendra m'aimer en liberté.
Fuyant d'un luxe vain l'entrave impérieuse,
Sans suite, sans témoins, seule et mystérieuse,
Jamais d'un oeil mortel un regard indiscret
N'osera la connaître et savoir son secret.
Seul je vivrai pour elle, et mon âme empressée
Épiera ses désirs, ses besoins, sa pensée.
C'est moi qui ferai tout; moi qui de ses cheveux
Sur sa tête le soir assemblerai les noeuds.

Sa table par mes mains sera prête et choisie;
L'eau pure, de ma main, lui sera l'ambroisie.
Seul, c'est moi qui serai partout, à tout moment,
Son esclave fidèle et son fidèle amant.'
Tels étaient mes projets qu'insensés et volages
Le vent a dissipés parmi de vains nuages!

Ah! quand d'un long espoir on flatta ses désirs,
On n'y renonce point sans peine et sans soupirs.
Que de fois je t'ai dit: 'Garde d'être inconstante,
Le monde entier déteste une parjure amante;
Fais-moi plutôt gémir sous des glaives sanglants,
Avec le feu plutôt déchire-moi les flancs.'
O honte! A deux genoux j'exprimais ces alarmes;
J'allais couvrant tes pieds de baisers et de larmes,
Tu me priais alors de cesser de pleurer:
En foule tes serments venaient me rassurer,
Mes craintes t'offensaient; tu n'étais pas de celles
Qui font jeu de courir à des flammes nouvelles:
Mille sceptres offerts pour ébranler ta foi,
Eût-ce été rien au prix du bonheur d'être à moi?
Avec de tels discours, ah! tu m'aurais fait croire
Aux clartés du soleil dans la nuit la plus noire.
Tu pleurais même; et moi, lent à me défier,
J'allais avec le lin dans tes yeux essuyer
Ces larmes lentement et malgré toi séchées;
Et je baisais ce lin qui les avait touchées.
Bien plus, pauvre insensé! j'en rougis: mille fois
Ta louange a monté ma lyre avec ma voix.
Je voudrais que Vulcain, et l'onde où tout s'oublie,
Eût consumé ces vers témoins de ma folie.
La même lyre encor pourrait bien me venger,
Perfide! Mais, non, non, il faut n'y plus songer.
Quoi! toujours un soupir vers elle me ramène!
Allons! Haïssons-la, puisqu'elle veut ma haine.
Oui, je la hais. Je jure... Eh! serments superflus!
N'ai-je pas dit assez que je ne l'aimais plus?


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Poem Submitted: Monday, April 12, 2010



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