Raoul Ponchon


Préambule - Poem by Raoul Ponchon

Il me paraît incontestable,
Après mûre réflexion,
Que des seuls plaisirs de la table
Vient la Civilisation.

Ainsi, quand à nos bons ancêtres
Le mystère fut révélé,
Du vin suave, aussi du blé,
Ils en firent des dieux champêtres ;
Les adorèrent tant et plus
Sous les noms dé Cérès, Bacchus…
Et voilà, sans le moindre doute,
La première religion.
Elle en vaut d’autres, somme toute,
Et j’en suis à l’occasion.

Les hommes, allant à la chasse,
Les femmes — la petite classe —
Cuisinaient, comme de raison
Si l’on peut dire… à la maison.
Et quand ils en rencontraient une,
D’une habileté peu commune
À préparer les aliments,
Ils l’épousaient dans le moment,
Après un discret fleuretage.
Et voilà pour le mariage.

Puis, de jour en jour, nos aïeux
Devenant plus ingénieux,
Ils imaginèrent la cave,
Pour conserver le vin au frais.
La cuisine vint tôt après,
D’un intérêt tout aussi grave.
Pour quant à la chambre à coucher,
Ils ne songeaient à l’ébaucher.
À cet âge d’or dont je parle,
On… dormait partout, mon vieux Charle.

C’est donc, qui pourrait le nier ?
Par la cuisine et le cellier
Que débuta l’Architecture.
Plus tard, grandissant en culture,
L’enthousiasme des festins
Inspira le chant, l’éloquence,
Et la poésie et la danse.
Ceux doués de quelques instincts
Artistiques, d’un doigt agile,
Se mirent à pétrir l’argile,
En s’inspirant, par lui séduits,
Du galbe des fleurs et des fruits :
Ils firent, pour le vin, des coupes,…
Des vases pour cuire les soupes ;
Les ornèrent de tons flambards…
C’est l’origine des Beaux-Arts.
Et, comme l’heure de la table
Leur semblait la plus agréable,
Pour en calculer le retour,
Ils étudièrent le cours
Mystérieux et l’eurythmie
Des astres. D’où l’Astronomie.
Puis, lassés des mêmes menus,
Ils partirent, à l’aventure,
Vers des patelins inconnus,
Pour varier leur nourriture.
Ils passèrent les monts, les mers,
Connurent des climats divers
Ainsi que des cités nouvelles ;
Des peuplades avec lesquelles
Ils échangèrent leurs produits,
Leurs bêtes, leurs femmes, leurs fruits.
De là la marine, les routes,
Le commerce et ses banqueroutes,
Les codes, les conventions,
Les rapports entre nations,
Et l’industrie et les sciences,
La monnaie et les alliances,
Et les guerres, bien entendu…
Sans quoi tout progrès est foutu.
Enfin, je veux qu’on m’assassine,
Si ce n’est, en l’occasion,
La première indigestion
Qui nous valut la Médecine.

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Poem Submitted: Thursday, November 22, 2012

Poem Edited: Thursday, November 22, 2012


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