Au temps de notre installation ici
nous nous sommes retrouvés
mi-sous terre, mi-au-dessus -
un appartement au souterrain avec vue
sur le jardin plein de pêchers et de cerisiers en fleurs.
Nous savions que les corps détériorés craignent la lumière crue
celle qui dessèche l'humidité produite par le corps à corps.
Alors, dévêtus nous étions étendus dans la chambre glacée
se frottant l'un à l'autre
en échangeant les petites morts bien nourries,
tout comme ces pulls dans lesquels les mites
auraient depuis longtemps tissé leurs demeures.
Lorsque nous avons aménagé, tu avais dit :
« Certains livres ont droit d'être soulagés»,
puis sur l'étagère dans les WC, à la verticale
jusqu'à atteindre le monde souterrain
tu a placé les lettres de Joyce à Nora.
« Certains rêves devraient être jugulé », ais-je dit
puis sur le chevet, tel une flèche
j'ai fiché le Petit précis de décomposition.
Lorsque nous avions aménagé, mi sous terre,
mi au-dessus,
comme Ariane j'ai tiré le cordon ombilical
qui s'était enroulé trois fois autour de ton cou
au moment de ta naissance.
Et toi, mon demi kilo
qui jadis m'avait épargné l'incubateur
tu l'a transformé en cette force bien-aimée de la gravitation
celle qui avait manqué à la terre
pour m'arrimer à elle.
Nous étions deux esquifs fêlés,
des années durant quelqu'un en extrayait l'eau
pour la rendre à la mer.
A présent, nous voici deux fêlures
interversion.ésert. les rames en silence.
avec deux esquifs qui croissent là-dedans,
ils n'ignorent pas les bords,
portant ils agitent les rames en silence.
Nous ne nous soulevons plus sur la pointe des pieds
pour entrevoir le ciel :
nous croyons même qu'il nous emprunte
et l'infini et le néant.
Le pourrissement, mon cœur, est un privilège de la maturité
sur la terre et au-dedans
un même plaisir, un même troc.
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